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Je suis montée dans l’échelle pour voir si la fille de la 44 s’était éclaté la tête sur son mur, mais je ne l’ai trouvée nulle part. Elle s’est volatilisée. Du haut de son balcon, j’ai vu le navire de l’océan Ouest qui amarrait. Je suis redescendue. En marchant vers le quai, je suis passée devant une tente et cette cabane qui ressemble à un sauna. J’ai croisé ces femmes qui sortaient du bateau. Des Africaines et des femmes du Proche ou Moyen-Orient. Elles semblent avoir été secourues sur les îles.

Quand elles ont toutes été accompagnées par les médecines et les infirmières, le pont est redevenu vide. Puis les membres de l’équipage ont commencé à sortir. Elles avaient des attitudes de guerrières rebelles. On aurait dit un band de féministes punks. La première, Warsama, portait une chienne de travail ouverte sur sa peau très noire. Son afro et ses lunettes de soleil style aviatrice lui donnaient une allure de fashion girl. Farah, petite, mais carrée, portait un short évasé et une camisole qui laissaient voir ses épaules bronzées de nageuse. Et Maria, avec son t-shirt de Bikini Kill et ses sarouels, avait les bras entièrement tatoués. Enfin, la Capitaine est arrivée en haut de la descente, sa pipe entre les dents, cheveux bleachés et veston oversize sur sa chienne, il ne lui manquait plus qu’un oiseau à l’épaule.

*

Les filles m’ont demandé de l’aide pour débarquer le matériel du bateau. Il y avait peut-être une quarantaine de caisses qu’on a mises sur des chariots à bagages de l’hôtel, et qu’on a roulé jusque dans le hall de la réception. Une chaîne de femmes qui se sont mises à ramasser les caisses pour les porter dans les pièces où elles allaient servir s’est formée. Plusieurs à la cuisine, d’autres vers le bar, d’autres, prenant la direction de l’ascenseur.

Warsama, Maria et Farah m’ont dit avoir tout appris des manœuvres en mer avec la Capitaine, Kass Argo. C’est une personne qui m’a tout de suite fait une forte impression, qui semble impénétrable, mais avec ce sens de l’humour aiguisé et de la répartie qui rendent sa compagnie confortable en même temps qu’intimidante. Je pense que Farah et Kass ont un thing. Je n’ai pas manqué de leur montrer que j’aimais leur vibe. Kass m’a fait comprendre que c’était mieux pour l’équipage de rester avec son monde pour le moment et je lui ai dit que pour rien au monde, je ne remonterai sur un bateau dans les prochains jours, « mais dès que j’ai besoin, je te fais signe ! » Je pense que je pourrais me voir dans leur équipage, c’est le genre d’esprit de groupe que j’aime, avec des personnes fierces qui travaillent ensemble.

Maria m’a accompagnée à l’intérieur de l’hôtel après le débarquement des marchandises. Nous avons pris les grands escaliers, recouverts de velours rouge, pour monter un étage.

« C’est la première fois que tu vas voir l’aile A ?
— Oui, je n’ai vu que la 45.
— Ah oui ! tu es la fille qui a sauté ! »

Ma réputation me précède.

« L’aile A, c’est ici que crèchent surtout les infirmières et les médecines, avec les nouvelles arrivantes blessées ou malades.
— Cet hôtel semble avoir beaucoup de chambres.
— L’hôtel a une architecture organique ou métabolique, en fait, il y a des chambres dans tous les murs.
— Hum hum… Alors c’est un bâtiment vivant ?
— Oui, et non, mais l’important, c’est qu’il y a des chambres quand on en a besoin. »

Je suis une personne plutôt sceptique, mais j’avoue ne pas comprendre tout ce qui se passe dans cet endroit. Étrangement, j’accepte de ne pas tout saisir. Il y a quelque chose qui règne ici et qui me charme en même temps que c’est épeurant. Je veux faire partie de cet hôtel métabolique. Et puis, j’ai vu que ça existait dans Harry Potter. Les femmes qui habitent ici depuis plus longtemps que moi semblent s’en accommoder. Je ne peux pas ne pas essayer de vivre ici.

« C’est de la magie ?
— Si on veut. Je pense que tu vas te plaire dans l’aile B. »

 

Aller dans l‘aile B avec Tamisha
Rester dans l’aile A

Je suis montée dans l’échelle pour voir si la fille de la 44 s’était éclaté la tête sur son mur, mais je ne l’ai trouvée nulle part. Elle s’est volatilisée. Du haut de son balcon, j’ai vu le navire de l’océan Ouest qui amarrait. Je suis redescendue. En marchant vers le quai, je suis passée devant une tente et cette cabane qui ressemble à un sauna. J’ai croisé ces femmes qui sortaient du bateau. Des Africaines et des femmes du Proche ou Moyen-Orient. Elles semblent avoir été secourues sur les îles.

Quand elles ont toutes été accompagnées par les médecines et les infirmières, le pont est redevenu vide. Puis les membres de l’équipage ont commencé à sortir. Elles avaient des attitudes de guerrières rebelles. On aurait dit un band de féministes punks. La première, Warsama, portait une chienne de travail ouverte sur sa peau très noire. Son afro et ses lunettes de soleil style aviatrice lui donnaient une allure de fashion girl. Farah, petite, mais carrée, portait un short évasé et une camisole qui laissaient voir ses épaules bronzées de nageuse. Et Maria, avec son t-shirt de Bikini Kill et ses sarouels, avait les bras entièrement tatoués. Enfin, la Capitaine est arrivée en haut de la descente, sa pipe entre les dents, cheveux bleachés et veston oversize sur sa chienne, il ne lui manquait plus qu’un oiseau à l’épaule.

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Les filles m’ont demandé de l’aide pour débarquer le matériel du bateau. Il y avait peut-être une quarantaine de caisses qu’on a mises sur des chariots à bagages de l’hôtel, et qu’on a roulé jusque dans le hall de la réception. Une chaîne de femmes qui se sont mises à ramasser les caisses pour les porter dans les pièces où elles allaient servir s’est formée. Plusieurs à la cuisine, d’autres vers le bar, d’autres, prenant la direction de l’ascenseur.

Warsama, Maria et Farah m’ont dit avoir tout appris des manœuvres en mer avec la Capitaine, Kass Argo. C’est une personne qui m’a tout de suite fait une forte impression, qui semble impénétrable, mais avec ce sens de l’humour aiguisé et de la répartie qui rendent sa compagnie confortable en même temps qu’intimidante. Je pense que Farah et Kass ont un thing. Je n’ai pas manqué de leur montrer que j’aimais leur vibe. Kass m’a fait comprendre que c’était mieux pour l’équipage de rester avec son monde pour le moment et je lui ai dit que pour rien au monde, je ne remonterai sur un bateau dans les prochains jours, « mais dès que j’ai besoin, je te fais signe ! » Je pense que je pourrais me voir dans leur équipage, c’est le genre d’esprit de groupe que j’aime, avec des personnes fierces qui travaillent ensemble.

Maria m’a accompagnée à l’intérieur de l’hôtel après le débarquement des marchandises. Nous avons pris les grands escaliers, recouverts de velours rouge, pour monter un étage.

« C’est la première fois que tu vas voir l’aile A ?
— Oui, je n’ai vu que la 45.
— Ah oui ! tu es la fille qui a sauté ! »

Ma réputation me précède.

« L’aile A, c’est ici que crèchent surtout les infirmières et les médecines, avec les nouvelles arrivantes blessées ou malades.
— Cet hôtel semble avoir beaucoup de chambres.
— L’hôtel a une architecture organique ou métabolique, en fait, il y a des chambres dans tous les murs.
— Hum hum… Alors c’est un bâtiment vivant ?
— Oui, et non, mais l’important, c’est qu’il y a des chambres quand on en a besoin. »

Je suis une personne plutôt sceptique, mais j’avoue ne pas comprendre tout ce qui se passe dans cet endroit. Étrangement, j’accepte de ne pas tout saisir. Il y a quelque chose qui règne ici et qui me charme en même temps que c’est épeurant. Je veux faire partie de cet hôtel métabolique. Et puis, j’ai vu que ça existait dans Harry Potter. Les femmes qui habitent ici depuis plus longtemps que moi semblent s’en accommoder. Je ne peux pas ne pas essayer de vivre ici.

« C’est de la magie ?
— Si on veut. Je pense que tu vas te plaire dans l’aile B. »

 

Aller dans l‘aile B avec Tamisha
Rester dans l’aile A