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Réseau des Autrices

Résidences expérimentales

Réseau des Autrices

experimentelle Residenzen

Laure Blachier
021A005

 

Le jury a tranché, les gagnants ont été annoncés et les sentences prononcées. L’hôtel perdra son étoile. La tant attendue, la prestigieuse, la voulue. Le chef cuisinier furieux sort des cuisines. La clope au bec, observe les étoiles du ciel. Elles brillent encore plus ce soir. Plus nombreuses, plus lumineuses, mais surtout très crâneuses.

Au loin, des clients de l’hôtel s’énervent. Des cris, des hurlements, des claquements. Le cuisinier peu courageux se tâte. Ignorer ou aller aider ? Mais la curiosité l’emporte, le bruit l’intrigue, le danger l’attire. Une voix se fait plus stridente. Une femme. Une voix se fait plus inquiétante. Un homme. Deux silhouettes au loin. Les bras volent, les décibels décollent. Le cuisinier est tapi dans l’ombre. Téméraire mais pas trop, lui, son truc, c’est les fourneaux. Au centre, une forme. Longue, fine. Des traces de sueur commencent à perler sur le front du chef, ses cheveux se hérissent, son pouls s’accélère : un fusil ! Le cuisinier bondit, prend peur, appeler la police, vite !

Les deux ombres se chamaillent, se lamentent, se consolent. « Quelle idée d’être venu d’aussi loin pour observer les étoiles ? » crie la première. C’était pour notre anniversaire, proteste la seconde. La physicienne se rapproche une nouvelle fois du téléscope qui les sépare. La version transportable et abordable, avait assuré le vendeur Décathlon au prof de littérature. Pour leurs dix ans de mariage, il avait voulu l’emmener dans ce petit château au bord du lac, loin de tout, particulièrement de la pollution lumineuse. Celle qui rend le ciel vide, seul, triste. Mais l’homme de lettres avait oublié que les étoiles n’existaient plus que dans sa tête. Effacées par les satellites d’un magma états-unien, ce n’étaient plus elles qui éclairaient les champs, les prés et les vaches. Les filantes avaient laissé place à des transporteurs humains. La physicienne hurle de rage, de dégoût, de déni. Déni d’un monde sans étoile, d’un monde qui n’est plus que digital.

 

Cuisine étoilée

Laure Blachier
021A005

 

Le jury a tranché, les gagnants ont été annoncés et les sentences prononcées. L’hôtel perdra son étoile. La tant attendue, la prestigieuse, la voulue. Le chef cuisinier furieux sort des cuisines. La clope au bec, observe les étoiles du ciel. Elles brillent encore plus ce soir. Plus nombreuses, plus lumineuses, mais surtout très crâneuses.

Au loin, des clients de l’hôtel s’énervent. Des cris, des hurlements, des claquements. Le cuisinier peu courageux se tâte. Ignorer ou aller aider ? Mais la curiosité l’emporte, le bruit l’intrigue, le danger l’attire. Une voix se fait plus stridente. Une femme. Une voix se fait plus inquiétante. Un homme. Deux silhouettes au loin. Les bras volent, les décibels décollent. Le cuisinier est tapi dans l’ombre. Téméraire mais pas trop, lui, son truc, c’est les fourneaux. Au centre, une forme. Longue, fine. Des traces de sueur commencent à perler sur le front du chef, ses cheveux se hérissent, son pouls s’accélère : un fusil ! Le cuisinier bondit, prend peur, appeler la police, vite !

Les deux ombres se chamaillent, se lamentent, se consolent. « Quelle idée d’être venu d’aussi loin pour observer les étoiles ? » crie la première. C’était pour notre anniversaire, proteste la seconde. La physicienne se rapproche une nouvelle fois du téléscope qui les sépare. La version transportable et abordable, avait assuré le vendeur Décathlon au prof de littérature. Pour leurs dix ans de mariage, il avait voulu l’emmener dans ce petit château au bord du lac, loin de tout, particulièrement de la pollution lumineuse. Celle qui rend le ciel vide, seul, triste. Mais l’homme de lettres avait oublié que les étoiles n’existaient plus que dans sa tête. Effacées par les satellites d’un magma états-unien, ce n’étaient plus elles qui éclairaient les champs, les prés et les vaches. Les filantes avaient laissé place à des transporteurs humains. La physicienne hurle de rage, de dégoût, de déni. Déni d’un monde sans étoile, d’un monde qui n’est plus que digital.

 

Cuisine étoilée