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Chambre 206 – Not the Chelsea Hotel

Elizabeth Grenier
020A022

 

Il n’y aura pas de surprises, je le sais déjà.

Le fantôme de Dylan Thomas n’apparaîtra pas.
Janis Joplin et Leonard Cohen ne m’inviteront pas à leur après-midi de luxure.
Je ne me ferai pas poignarder par Sid Vicious.
Andy Warhol ne me filmera pas à feindre l’ennui aux côtés de Nico.
En fait, la lassitude, je n’aurai même pas à l’inventer.

Rien n’arrivera, je le prédis déjà.

Et pourtant, il y a toujours cet élan d’espoir, à chaque fois que j’arrive à la réception d’un nouvel hôtel. Un petit high.

Je n’y manque jamais, quand je monte l’ascenseur vers ces appartements inconnus, je porte en moi cette espérance d’arriver à écrire mon 2001, l’Odyssée de l’espace, mon Sur la route. Peut-être pas le finir. Mais entamer le projet, ce serait déjà bien.

Oui, toutes les fois où je me suis dirigée vers une chambre d’hôtel, la petite valise noire roulant sagement à mes côtés dans ce corridor anonyme, j’ai ressenti le même espoir. Une nuit isolée me donnera accès à de grandes visions, viendra me révéler un concept à la hauteur de mes ambitions.

Pour être certaine d’être bien inspirée, j’apporte avec moi une montagne de livres. Toutes ces lectures à rattraper, et enfin une nuit à soi. Parmi la sélection, Just Kids. Dans l’intimité de cette chambre, le passé de Patti Smith viendra posséder mon moment présent.

Inévitablement, lorsque j’insère cette petite carte-clé dans la porte de mon antre temporaire, je ressens le high de la chambre d’hôtel.

Il n’y aura sans doute pas de surprises cette nuit, mais tout peut quand même arriver.

Je découvre l’espace : le tapis gris-vert, les murs crème, les deux tableaux médiocres, les trois cintres pour rester bien organisée, la multitude de serviettes blanches et d’oreillers bien moelleux, la table trop petite. Cette télévision que j’allume, pour voir ce que raconte le monde. Je n’ai même pas de téléviseur, à la maison, alors je dois bien me rattraper un peu pendant que j’en ai la chance. La BBC étant la seule option raisonnable, je laisse les horreurs planétaires tourner en boucle.

Je bois une bière en cannette en prenant un bain. Je lis deux pages de mon livre en faisant l’étoile dans mon lit. Les draps sont si neufs et propres. Je savoure cet instant de bonheur simple.

La vie et le jingle récurrent du World Service me fatiguent. La télévision reste trop longtemps allumée. Par habitude, je jette un coup d’œil roulant à mon téléphone, à l’internet infini qu’il contient. Sans même terminer ma deuxième bière, sans me masturber, et sans idée de génie, encore une fois, je m’endormirai.

 

Chambre 206 – Not the Chelsea Hotel

Elizabeth Grenier
020A022

 

Il n’y aura pas de surprises, je le sais déjà.

Le fantôme de Dylan Thomas n’apparaîtra pas.
Janis Joplin et Leonard Cohen ne m’inviteront pas à leur après-midi de luxure.
Je ne me ferai pas poignarder par Sid Vicious.
Andy Warhol ne me filmera pas à feindre l’ennui aux côtés de Nico.
En fait, la lassitude, je n’aurai même pas à l’inventer.

Rien n’arrivera, je le prédis déjà.

Et pourtant, il y a toujours cet élan d’espoir, à chaque fois que j’arrive à la réception d’un nouvel hôtel. Un petit high.

Je n’y manque jamais, quand je monte l’ascenseur vers ces appartements inconnus, je porte en moi cette espérance d’arriver à écrire mon 2001, l’Odyssée de l’espace, mon Sur la route. Peut-être pas le finir. Mais entamer le projet, ce serait déjà bien.

Oui, toutes les fois où je me suis dirigée vers une chambre d’hôtel, la petite valise noire roulant sagement à mes côtés dans ce corridor anonyme, j’ai ressenti le même espoir. Une nuit isolée me donnera accès à de grandes visions, viendra me révéler un concept à la hauteur de mes ambitions.

Pour être certaine d’être bien inspirée, j’apporte avec moi une montagne de livres. Toutes ces lectures à rattraper, et enfin une nuit à soi. Parmi la sélection, Just Kids. Dans l’intimité de cette chambre, le passé de Patti Smith viendra posséder mon moment présent.

Inévitablement, lorsque j’insère cette petite carte-clé dans la porte de mon antre temporaire, je ressens le high de la chambre d’hôtel.

Il n’y aura sans doute pas de surprises cette nuit, mais tout peut quand même arriver.

Je découvre l’espace : le tapis gris-vert, les murs crème, les deux tableaux médiocres, les trois cintres pour rester bien organisée, la multitude de serviettes blanches et d’oreillers bien moelleux, la table trop petite. Cette télévision que j’allume, pour voir ce que raconte le monde. Je n’ai même pas de téléviseur, à la maison, alors je dois bien me rattraper un peu pendant que j’en ai la chance. La BBC étant la seule option raisonnable, je laisse les horreurs planétaires tourner en boucle.

Je bois une bière en cannette en prenant un bain. Je lis deux pages de mon livre en faisant l’étoile dans mon lit. Les draps sont si neufs et propres. Je savoure cet instant de bonheur simple.

La vie et le jingle récurrent du World Service me fatiguent. La télévision reste trop longtemps allumée. Par habitude, je jette un coup d’œil roulant à mon téléphone, à l’internet infini qu’il contient. Sans même terminer ma deuxième bière, sans me masturber, et sans idée de génie, encore une fois, je m’endormirai.