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Le jardin Nord-Ouest est subtilisé derrière la vieille enceinte de l’époque du château. On parle d’une muraille du douzième siècle. Il s’agit d’un jardin clos ou virginal, comme on pouvait aussi l’appeler à l’époque. Les pierres qui ont été utilisées pour construire le mur sont les mêmes qui se trouvent dans les ruines qui entourent le jardin Sud. Cela laisse présager la possibilité d’un autre jardin clos à cet endroit, et donc la possibilité d’une grande masse de femmes sur le site. L’hypothèse d’un béguinage est donc tout à fait plausible. J’ai trouvé une quantité impressionnante d’épingles en faisant mes fouilles, qui pouvaient servir à tenir leurs vêtements, ou à la couture, broderie ou autres artisanats. En auscultant les sols, j’ai aussi déterré des céramiques, des clous, ustensiles, coupes, qui datent tous de la même époque, jusqu’à aujourd’hui. Elles semblaient produire tout ce qu’elles consommaient.

Une communauté de femmes ni épouses, ni religieuses, probablement des soignantes, si on tient compte de la majorité des graines ou des plantes retrouvées sur le site et qui ont des vertus médicinales. Je suis en exploration ici depuis dix-sept ans. Comme je suis seule, tout est au ralenti, mais c’est le projet d’une retraite bien méritée.

Tous les jours, depuis un an, je m’attarde au jardin Nord-Ouest. J’aime avoir les mains dans la terre, ici, c’est encore plus précieux comme sentiment parce que je sais que je touche un sol chargé. L’archéologie est une fouille de la mémoire. Les choses sont déjà construites en dessous, il s’agit de remettre la main dessus. Comme un trésor. Toutes les années passées, ensevelies. Les imprimeuses ont les ongles tachés par l’encre, et moi par les sédiments. Nous retraçons comme ça, l’histoire ancienne.

Nous maintenons le jardin fermé à clé, je la garde avec moi tandis que Madame Dou et Silvia possèdent des passe-partout. Il y a donc trois clés pour ouvrir la lourde porte du jardin. L’intérieur cache cette vieille fontaine désaffectée sur laquelle est taillée une scène montrant trois femmes qui se battent avec une sorte de démon. De grands ormes poussent à l’intérieur et au dehors du jardin clos avec des pommiers. Ceux qui poussent à l’intérieur des murs ont détruit le plancher de tuiles anciennes. Le mur intérieur est aussi sculpté. Il présente des corps androgynes, soit des femmes soit des hommes efféminés ou alors hermaphrodites. On y trouve certaines gravures dans la pierre qui présentent des scènes de femmes en lien avec des animaux, souvent entourées d’oiseaux, de poissons ou de serpents. J’ai balayé une bonne partie des murs intérieurs pour observer les frises. Il y a aussi des dessins de dentellières au fuseau, de maçonnes construisant ledit mur, comme une anamnèse de la construction.

En dehors du jardin, le site possède également cette enceinte qui traçait le tour de l’hôtel actuel. Celle-là s’est effondrée et les pierres ont servi à reconstruire certains pans de murs du château de-ci de-là, ou alors quelques murets extérieurs. On peut imaginer une hauteur allant de six à sept mètres pour la barricade. La serre est le seul bâtiment qui soit daté. Elle s’érige par-dessus les ruines d’une ancienne maison qui se trouvait au centre de la muraille. Celle-là a été construite en 1457, selon la date qui se conserve étrangement bien dans la pierre, sans doute à cause du toit de la serre, ajouté au courant du seizième.

Il existe également un caveau, qui fut bâti dans les mêmes années, qui se situe dans la forêt. J’y suis entrée une fois en compagnie de Keno qui habite non loin, et j’ai aperçu cette crevasse à l’intérieur, qui semble être un tunnel. Celui-là est si creux que j’ai fait demi-tour, apeurée d’y demeurer ensevelie. Là-dessus, Keno est demeurée muette comme une tombe. J’ai fait part de cette découverte à Madame Dou, qui m’a fait bien comprendre que les entrailles de la Terre sont des lieux dangereux. Je n’ai pas voulu froisser ses croyances. Je manque aussi d’outils pour entrer dans ce tunnel de manière sécuritaire. Mais c’est définitivement un des prochains sites que je veux fouiller après le jardin Nord-Ouest. S’il y a autant de vestiges conservés en dehors du château, je n’imagine pas les possibilités des richesses qui se terrent en son sein.

 

Continuer à explorer l’histoire de l’hôtel
Chercher le caveau avec Yasmine
Débarquer de l’Argo

Le jardin Nord-Ouest est subtilisé derrière la vieille enceinte de l’époque du château. On parle d’une muraille du douzième siècle. Il s’agit d’un jardin clos ou virginal, comme on pouvait aussi l’appeler à l’époque. Les pierres qui ont été utilisées pour construire le mur sont les mêmes qui se trouvent dans les ruines qui entourent le jardin Sud. Cela laisse présager la possibilité d’un autre jardin clos à cet endroit, et donc la possibilité d’une grande masse de femmes sur le site. L’hypothèse d’un béguinage est donc tout à fait plausible. J’ai trouvé une quantité impressionnante d’épingles en faisant mes fouilles, qui pouvaient servir à tenir leurs vêtements, ou à la couture, broderie ou autres artisanats. En auscultant les sols, j’ai aussi déterré des céramiques, des clous, ustensiles, coupes, qui datent tous de la même époque, jusqu’à aujourd’hui. Elles semblaient produire tout ce qu’elles consommaient.

Une communauté de femmes ni épouses, ni religieuses, probablement des soignantes, si on tient compte de la majorité des graines ou des plantes retrouvées sur le site et qui ont des vertus médicinales. Je suis en exploration ici depuis dix-sept ans. Comme je suis seule, tout est au ralenti, mais c’est le projet d’une retraite bien méritée.

Tous les jours, depuis un an, je m’attarde au jardin Nord-Ouest. J’aime avoir les mains dans la terre, ici, c’est encore plus précieux comme sentiment parce que je sais que je touche un sol chargé. L’archéologie est une fouille de la mémoire. Les choses sont déjà construites en dessous, il s’agit de remettre la main dessus. Comme un trésor. Toutes les années passées, ensevelies. Les imprimeuses ont les ongles tachés par l’encre, et moi par les sédiments. Nous retraçons comme ça, l’histoire ancienne.

Nous maintenons le jardin fermé à clé, je la garde avec moi tandis que Madame Dou et Silvia possèdent des passe-partout. Il y a donc trois clés pour ouvrir la lourde porte du jardin. L’intérieur cache cette vieille fontaine désaffectée sur laquelle est taillée une scène montrant trois femmes qui se battent avec une sorte de démon. De grands ormes poussent à l’intérieur et au dehors du jardin clos avec des pommiers. Ceux qui poussent à l’intérieur des murs ont détruit le plancher de tuiles anciennes. Le mur intérieur est aussi sculpté. Il présente des corps androgynes, soit des femmes soit des hommes efféminés ou alors hermaphrodites. On y trouve certaines gravures dans la pierre qui présentent des scènes de femmes en lien avec des animaux, souvent entourées d’oiseaux, de poissons ou de serpents. J’ai balayé une bonne partie des murs intérieurs pour observer les frises. Il y a aussi des dessins de dentellières au fuseau, de maçonnes construisant ledit mur, comme une anamnèse de la construction.

En dehors du jardin, le site possède également cette enceinte qui traçait le tour de l’hôtel actuel. Celle-là s’est effondrée et les pierres ont servi à reconstruire certains pans de murs du château de-ci de-là, ou alors quelques murets extérieurs. On peut imaginer une hauteur allant de six à sept mètres pour la barricade. La serre est le seul bâtiment qui soit daté. Elle s’érige par-dessus les ruines d’une ancienne maison qui se trouvait au centre de la muraille. Celle-là a été construite en 1457, selon la date qui se conserve étrangement bien dans la pierre, sans doute à cause du toit de la serre, ajouté au courant du seizième.

Il existe également un caveau, qui fut bâti dans les mêmes années, qui se situe dans la forêt. J’y suis entrée une fois en compagnie de Keno qui habite non loin, et j’ai aperçu cette crevasse à l’intérieur, qui semble être un tunnel. Celui-là est si creux que j’ai fait demi-tour, apeurée d’y demeurer ensevelie. Là-dessus, Keno est demeurée muette comme une tombe. J’ai fait part de cette découverte à Madame Dou, qui m’a fait bien comprendre que les entrailles de la Terre sont des lieux dangereux. Je n’ai pas voulu froisser ses croyances. Je manque aussi d’outils pour entrer dans ce tunnel de manière sécuritaire. Mais c’est définitivement un des prochains sites que je veux fouiller après le jardin Nord-Ouest. S’il y a autant de vestiges conservés en dehors du château, je n’imagine pas les possibilités des richesses qui se terrent en son sein.

 

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