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Aurélie William Levaux 
2021C017

 

Martine se disait que c’étaient les derniers moments où elle pourrait jouir de son corps. C’était idiot de penser ça, mais c’était ce qu’elle ressentait, elle n’avait aucune idée de ce que serait de vivre dans un corps ménopausé, elle ignorait ce qu’était la vie sexuelle lorsqu’on se mettrait à enfler, à se dessécher, à rider. Et pourtant elle ne s’était jamais sentie aussi brûlante qu’en cette période. Monica Bellucci avait bien raison, c’était à l’approche de la cinquantaine qu’on était la plus sexuée, la plus animale. Alors qu’elle était dans l’ascenseur avec Marc, un type était entré. Il était très grand, sa peau était mate, très mate, foncée même, il était beau comme un grand oiseau rare, un oiseau qu’elle avait, un jour, aperçu au milieu d’une route. Élégant et si rare que même après de longues recherches, elle n’avait jamais pu retrouver ni son nom ni son espèce, à cet oiseau. Le type lui avait jeté un long regard. Ce regard qui crie Kékette, comme on disait par chez elle. Martine avait baissé les yeux, se sentant rougir. Putain, si seulement je n’étais pas accompagnée de cet empoté, avait-elle songé en observant les chaussures à bout carré de Marc tout fier dans son costume de ringard. Tous étaient descendus au troisième étage. Martine avait suivi du regard le type qui continuait à avancer dans le couloir alors que Marc passait sa carte devant la porte 303. Mon Dieu, je suis devenue une vraie salope. Je ne peux pas me comporter comme ça, comme les pires prédateurs que j’ai toujours fuis, elle avait songé en entrant dans la chambre.

***

C’était la fin de ma résidence d’écriture. J’avais eu en permanence l’impression d’avoir une boule d’attelage dans le ventre, de ne pas savoir comment boucler mes histoires. Martine, que j’imaginais profonde et d’une saine militance, m’agaçait formidablement. Dans ce que je percevais d’elle, elle devenait un monstre de froideur et d’inhumanité. Cette femme avait envie de baiser et prenait tout le monde pour des cons. Je constatais que c’est pire encore de créer un personnage et de devoir s’y identifier que d’être le sien propre. Ça fait remonter ses pires facettes, ses pires travers. L’absurdité de cette histoire de cul ne me faisait plus du tout rire. Martine me dégoûtait, je me dégoûtais donc aussi, je ressentais une très neuve compassion pour Marc et Eric qui, normalement, étaient censés être les gros nazes du récit. Par eux, je comprenais combien Baptiste était dévoué et aimant, combien il devait en chier avec moi, combien j’étais autocentrée, avec mon stress littéraire et mes soucis mineurs.

 

Ne pas abandonner Martine
Dire adieu à la grand-mère

Martine se disait que c’étaient les derniers moments où elle pourrait jouir de son corps. C’était idiot de penser ça, mais c’était ce qu’elle ressentait, elle n’avait aucune idée de ce que serait de vivre dans un corps ménopausé, elle ignorait ce qu’était la vie sexuelle lorsqu’on se mettrait à enfler, à se dessécher, à rider. Et pourtant elle ne s’était jamais sentie aussi brûlante qu’en cette période. Monica Bellucci avait bien raison, c’était à l’approche de la cinquantaine qu’on était la plus sexuée, la plus animale. Alors qu’elle était dans l’ascenseur avec Marc, un type était entré. Il était très grand, sa peau était mate, très mate, foncée même, il était beau comme un grand oiseau rare, un oiseau qu’elle avait, un jour, aperçu au milieu d’une route. Élégant et si rare que même après de longues recherches, elle n’avait jamais pu retrouver ni son nom ni son espèce, à cet oiseau. Le type lui avait jeté un long regard. Ce regard qui crie Kékette, comme on disait par chez elle. Martine avait baissé les yeux, se sentant rougir. Putain, si seulement je n’étais pas accompagnée de cet empoté, avait-elle songé en observant les chaussures à bout carré de Marc tout fier dans son costume de ringard. Tous étaient descendus au troisième étage. Martine avait suivi du regard le type qui continuait à avancer dans le couloir alors que Marc passait sa carte devant la porte 303. Mon Dieu, je suis devenue une vraie salope. Je ne peux pas me comporter comme ça, comme les pires prédateurs que j’ai toujours fuis, elle avait songé en entrant dans la chambre.

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C’était la fin de ma résidence d’écriture. J’avais eu en permanence l’impression d’avoir une boule d’attelage dans le ventre, de ne pas savoir comment boucler mes histoires. Martine, que j’imaginais profonde et d’une saine militance, m’agaçait formidablement. Dans ce que je percevais d’elle, elle devenait un monstre de froideur et d’inhumanité. Cette femme avait envie de baiser et prenait tout le monde pour des cons. Je constatais que c’est pire encore de créer un personnage et de devoir s’y identifier que d’être le sien propre. Ça fait remonter ses pires facettes, ses pires travers. L’absurdité de cette histoire de cul ne me faisait plus du tout rire. Martine me dégoûtait, je me dégoûtais donc aussi, je ressentais une très neuve compassion pour Marc et Eric qui, normalement, étaient censés être les gros nazes du récit. Par eux, je comprenais combien Baptiste était dévoué et aimant, combien il devait en chier avec moi, combien j’étais autocentrée, avec mon stress littéraire et mes soucis mineurs.

 

Ne pas abandonner Martine
Dire adieu à la grand-mère